Faire d'une maison un refuge
On peut meubler une maison en quelques semaines. La rendre jolie, confortable, chaleureuse. Ça s'achète, ça se pose, ça se range.
Faire d'une maison un refuge, c'est autre chose. Ça ne se décrète pas. Ça se comprend, souvent au moment où l'on en a le plus besoin.
Je vais vous raconter comment celle-ci l'est devenue.
Au début, je voulais juste y habiter
Quand j'ai poussé la grande porte de cette maison centenaire, je ne cherchais pas un lieu à ouvrir. Je cherchais un chez-moi. Un endroit pour changer de rythme, respirer plus large, quitter le vacarme sans quitter la vie.
Elle a été un vrai coup de cœur. Sa taille, ses pièces d'antan, le grenier sous les toits, le jardin caché derrière ses murs. J'ai passé dix mois à la réveiller, le soir et les week-ends, souvent épaulée par ma mère, qui a été de tous les chantiers et de tous les doutes.
L'idée d'accueillir est venue après. Mais avant d'être une maison qui reçoit, elle a d'abord été la mienne. Et c'est important. Parce qu'on ne peut pas offrir un refuge qu'on n'a pas soi-même habité.
Le réservoir qui se vide sans qu'on le voie
Il y a une chose que je connais bien, pour la vivre aussi.
Quand on crée, quand on entreprend, quand on porte des projets, on oublie qu'on a le droit de s'arrêter. On enchaîne, on livre, on recommence. On répond, on avance, on tient. Et le réservoir se vide, doucement, sans qu'on le voie. On appelle ça être motivée. Parfois, c'est juste ne plus savoir freiner.
On croit qu'il faut toujours une raison pour souffler. Un mérite à gagner d'abord. Un dossier bouclé, une saison finie, des vacances enfin autorisées. Alors on repousse. Et l'inspiration, elle, ne prévient pas quand elle s'en va.
À un moment, la vie m'a rappelé, à sa façon, ce qui comptait vraiment. Elle m'a recentrée sur l'essentiel. C'est là que j'ai compris, dans mon corps et pas seulement dans ma tête, à quoi sert un refuge. Pas à fuir. À se retrouver.
Ce qui fait d'une maison un refuge
Un refuge, ce n'est pas une question de mètres carrés. C'est une question d'attentions.
C'est un jardin clos où personne ne vous voit, avec ses rosiers Pierre de Ronsard qui débordent contre le vieux mur et ses fraisiers suspendus à la brique, qu'on cueille du bout des doigts en passant. C'est un salon garni de vieux livres et de vinyles, où l'on peut poser l'aiguille sur un disque et ne plus rien décider pendant une heure. C'est un petit-déjeuner qui s'étire, un vrai, tardif si vous voulez.
C'est aussi ce qu'on ne vous impose pas. Pas de protocole à l'arrivée. Pas de course contre la montre au départ : des matins qui s'étirent, tout simplement. Une hôtesse présente et discrète, jamais loin, jamais dans vos pattes. Et des chambres pensées comme des cocons, pour celles qui ont besoin de fermer une porte et de se retrouver seules avec elles-mêmes.
Au pied de la maison, les cloches de la cathédrale rythment la journée. On arrête vite de regarder l'heure. On se cale sur elles.
La maison veille sur qui entre. C'est peut-être l'héritage de la tourterelle, sa dernière habitante avant moi. Elle a laissé son nom, et un peu de sa manière d'habiter les lieux tout en douceur.
Venir les mains vides
Alors oui, cette maison sait recevoir vos projets. Un livre à écrire, un shooting à monter, une équipe à réunir, une idée à faire émerger. Elle est faite pour ça.
Elle sait aussi vous recevoir les mains vides.
Vous pouvez venir sans rien à faire. Sans projet à défendre, sans résultat à ramener.
Juste poser les valises et le mental, dormir, marcher dans le jardin, vous nourrir (le corps, avec ce qui pousse ici, et le reste, avec le silence). Laisser l'inspiration revenir d'elle-même, quand elle sera prête.
Parce qu'on ne crée jamais bien le réservoir à sec. La pause n'est pas l'inverse du travail. Elle en fait partie. Elle le prépare.
Souffler n'a pas besoin de raison. C'est peut-être même la meilleure raison de venir.
Le refuge, et vous
J'ai fait de cette maison le refuge dont j'avais besoin. Il se trouve qu'elle a de la place pour vous aussi.
Vous n'avez pas besoin d'arriver avec un énième projet sous le bras. Vous avez juste besoin d'entrer.
Le reste, la maison s'en occupe. Enfin, elle, et moi.
Lauriane
