Un parcours qui ne rentre pas dans les cases : comment j'ai créé Maison Tourterelle

Les coulisses de Maison Tourterelle

Animatrice, agent d'artistes, scénographe, communicante, cheffe de projet, entrepreneuse, DRH… Sur le papier, mon parcours ressemble à une succession de vies professionnelles sans grand rapport entre elles. Pourtant, avec le recul, je crois qu'elles m'ont toutes conduite au même endroit. À Noyon, derrière la porte d'une maison centenaire devenue Maison Tourterelle.

Un CV qu'on ne comprend pas toujours

Je m'appelle Lauriane. Et je n'ai jamais vraiment su faire une seule chose.

J'ai été animatrice pour enfants, agent d'artistes, scénographe, responsable en communication digitale, cheffe de projet, indépendante, entrepreneuse… Et aujourd'hui, je suis aussi DRH.

Si vous cherchez une progression de carrière parfaitement linéaire, avec des étapes bien ordonnées et un métier qui découle naturellement du précédent, vous risquez d'être déçus.

J'ai souvent eu plusieurs projets en parallèle. Des idées qui m'enthousiasmaient, des opportunités que j'avais envie d'explorer, des domaines dans lesquels j'avais tout à apprendre.

J'ai démissionné pour me mettre à mon compte. J'ai aussi repris un poste salarié lorsque c'était le bon choix. J'ai connu l'excitation des nouveaux départs, les incertitudes, les remises en question et cette fameuse boule au ventre qui accompagne parfois les grandes décisions.

Je me suis trompée. J'ai changé d'avis. J'ai recommencé.

Longtemps, j'ai pu avoir l'impression qu'il fallait justifier ce parcours, lui donner une cohérence acceptable aux yeux des autres.

Aujourd'hui, je ne ressens plus vraiment ce besoin.

Parce que j'ai fini par comprendre une chose : mon expérience est mon meilleur diplôme.

Le fil conducteur était là depuis le début

À première vue, les ressources humaines, la communication, la scénographie et l'entrepreneuriat ne racontent pas la même histoire.

Et pourtant.

Dans les ressources humaines, ce qui m'intéresse, ce sont les personnes, leurs talents, leurs envies et les conditions dans lesquelles elles peuvent s'épanouir.

Dans la communication, j'aime comprendre ce qui rend un projet singulier, trouver les bons mots, les bonnes idées et la manière de le faire exister.

Dans la scénographie et la décoration, je retrouve le plaisir de composer, de créer une atmosphère et de transformer un espace en quelque chose qui provoque une émotion.

Et dans l'entrepreneuriat, ce qui me passionne, c'est cette liberté de partir d'une intuition pour lui donner une forme bien réelle.

Finalement, je crois que j'ai toujours aimé la même chose : faire émerger les idées, révéler les potentiels et créer les conditions pour que quelque chose se passe.

Qu'il s'agisse d'une personne, d'un projet, d'une rencontre ou d'un lieu.

Des petits-déjeuners et beaucoup de belles rencontres

Il y a quelques années, j'ai commencé à réunir des femmes entrepreneures autour de petits-déjeuners à Paris.

Pas pour multiplier les cartes de visite ni pour organiser un énième rendez-vous de networking.

J'avais envie de rencontres plus simples, plus chaleureuses. De moments où l'on pouvait parler de son activité, bien sûr, mais aussi de ses doutes, de ses idées encore un peu floues et de ses envies de faire autrement.

Ces rendez-vous, devenus notamment les Morning Break, ont rassemblé au fil des années plus de 300 participantes.

J'y ai retrouvé quelque chose que j'aimais profondément : recevoir, créer du lien, écouter les projets des autres, partager mon expérience en communication et en stratégie, mettre des personnes en relation.

Mais j'ai aussi découvert à quel point le cadre comptait.

Une jolie table, une atmosphère accueillante, quelques attentions bien pensées… Cela change la manière dont les gens se rencontrent.

On prend davantage le temps. Les conversations deviennent plus spontanées. Les idées circulent.

Je n'avais pas encore Maison Tourterelle, mais une partie de ce que j'allais y construire existait déjà autour de ces tables.

Et puis, il y a eu cette maison

Quand j'ai acheté cette maison bourgeoise centenaire, au cœur de Noyon, je ne cherchais pas à ouvrir un lieu événementiel.

Je cherchais tout simplement un endroit où vivre.

Une maison ancienne, avec ses volumes, ses matériaux, son histoire et ce charme particulier que l'on ne retrouve pas dans les constructions neuves.

Elle avait besoin d'être réveillée.

J'ai imaginé les plans de rénovation, organisé le chantier, coordonné les artisans et consacré mes soirées et mes week-ends à la transformer.

J'ai peint, posé du papier peint, réalisé des enduits, posé du carrelage, rénové et détourné des meubles.

J'ai chiné, cherché, essayé, recommencé.

Je n'avais pas envie d'un intérieur figé dans son époque ni d'une maison entièrement neuve derrière une façade ancienne.

Je voulais faire dialoguer les styles. Garder le charme des éléments bourgeois, y apporter des pièces contemporaines, des couleurs, des objets inattendus, des créations personnelles.

Une maison avec du caractère, mais surtout une maison vivante.

La rénovation a duré près d'un an.

Et peu à peu, cette maison de 200 m² est devenue bien davantage qu'un chantier ou qu'un projet de décoration.

Elle est devenue un endroit dans lequel je me reconnaissais pleinement.

Si vous souhaitez découvrir cette aventure plus en détail, je l'ai racontée dans un autre article : Rénover une maison centenaire sans la dénaturer.

Une maison pour moi… et finalement pour les autres

À force d'y recevoir mes proches, de partager des repas, de montrer les espaces et d'imaginer tout ce qu'on pourrait y faire, une idée s'est installée.

Et si cette maison pouvait accueillir autre chose que ma propre vie ?

Pas en devenant un lieu impersonnel, pensé uniquement pour être loué.

Au contraire : en partageant précisément ce qui la rendait différente.

Son atmosphère. Ses pièces qui ont chacune leur personnalité. Ses objets chinés. Sa grande table. Ses recoins. Et cette sensation de pouvoir s'y installer comme chez soi.

J'ai commencé à imaginer des séjours, des rencontres, des ateliers, des journées de travail, des shootings et des moments à célébrer en petit comité.

Des usages différents, mais une même envie : permettre à des personnes de se retrouver dans un cadre qui donne du plaisir à être ensemble.

Maison Tourterelle est née comme cela.

Non pas d'un business plan imaginé autour d'une salle à louer, mais de la rencontre entre une maison que j'aimais profondément et toutes ces expériences que j'avais envie d'y faire vivre.

Ce n'est pas une reconversion, c'est une addition

On pourrait croire que Maison Tourterelle marque un changement radical de direction.

Que j'ai quitté une vie professionnelle pour en inventer une autre, dans un domaine totalement différent.

Mais je ne le vois pas comme ça.

Tout ce que j'ai fait auparavant me sert aujourd'hui.

La gestion de projets m'aide à imaginer et organiser les expériences proposées à la maison. La communication me permet de construire son identité et de raconter son histoire. Les ressources humaines ont nourri mon attention aux personnes et à la dynamique des groupes.

La scénographie, la décoration et les travaux manuels sont partout, jusque dans les détails.

Et les années passées à réunir des entrepreneures ont renforcé une conviction : la qualité d'une rencontre dépend aussi de l'attention que l'on porte à la manière de recevoir.

Aujourd'hui, ces compétences ne sont plus éparpillées entre plusieurs activités.

Elles se retrouvent dans un même projet.

Je peux préparer une table, réfléchir à l'aménagement d'un espace, écouter une entrepreneure me raconter son idée, imaginer une expérience pour une équipe ou accueillir un groupe venu passer quelques heures à la maison.

Ce sont des choses différentes, mais elles appartiennent au même univers.

Au mien.

Ce que j'ai envie de défendre avec Maison Tourterelle

Je crois aux lieux qui ont une personnalité.

Aux intérieurs qui ne cherchent pas à plaire à tout le monde, mais qui racontent quelque chose.

Je crois aux rencontres qui ne sont pas organisées uniquement pour remplir un agenda.

Aux petits groupes dans lesquels chacun trouve sa place.

Aux projets qu'on ose lancer même lorsqu'on ne coche pas toutes les cases.

Et je crois qu'on peut faire les choses sérieusement sans les rendre rigides, professionnelles sans les rendre impersonnelles, belles sans les rendre intimidantes.

C'est ce que j'essaie de construire ici.

Une maison de caractère à Noyon, ouverte aux personnes qui souhaitent se réunir, créer, travailler autrement, célébrer ou simplement partager un beau moment.

Avec de vraies propositions, des expériences que l'on peut réserver, mais aussi de la place pour les idées qui ne rentrent pas dans une formule.

Et toujours cette envie de recevoir avec attention, sans en faire trop.

Et maintenant ?

Je ne sais pas exactement à quoi ressemblera Maison Tourterelle dans cinq ou dix ans.

J'ai des idées, beaucoup d'envies et probablement encore quelques projets auxquels je ne pense pas aujourd'hui.

Mais pour une fois, je ne ressens pas le besoin de choisir entre toutes mes passions.

J'ai trouvé un endroit où elles peuvent cohabiter.

Un lieu qui me permet de créer, de recevoir, d'entreprendre, de rencontrer et de partager.

Et peut-être que c'est cela, finalement, le fil conducteur que je cherchais dans mon parcours.

Il n'était pas dans un intitulé de poste.

Il était dans une manière de faire les choses et dans l'envie de créer des espaces où les autres se sentent libres d'être eux-mêmes.

Alors bienvenue à Maison Tourterelle.

Et si vous aussi, vous avez parfois l'impression de ne pas rentrer dans les cases, je crois qu'on devrait bien s'entendre.

Lauriane

Fondatrice et hôte de Maison Tourterelle

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